De l’Antiquité à nos jours L’esclavage, une réalité qui dure

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L’esclavage a été pratiqué dans toutes les sociétés sédentaires et organisées… mais jamais il n’est allé de soi. Ainsi le savant Aristote se croyait-il obligé de le justifier dans un célèbre plaidoyer. Dans l’Antiquité, c’était le sort qui attendait ordinairement les prisonniers de guerre. Le mot latin qui désigne les esclaves (servus) dérive de conservare (« conserver la vie ») et rappelle cette origine.

Le mot esclave vient du mot Esclavon ou Slave parce qu’au début du Moyen Âge, les Vénitiens vendaient en grand nombre des païens de Slavonie (une région de la côte adriatique) ou d’Europe orientale aux Arabes musulmans, lesquels faisaient une grande consommation d’esclaves blancs tout autant que de noirs.

Au XVIe siècle, la colonisation du Nouveau Monde a suscité de nouveaux besoins de main-d’oeuvre. Les Européens ont alors fait venir des esclaves d’Afrique, où ils n’avaient guère de peine à trouver des vendeurs (marchands arabes ou roitelets noirs).

Aux Temps modernes (XVIIe et XVIIIe siècles), l’esclavage et la traite ont suscité en Occident le développement du racisme et du mythe de la supériorité de la race blanche. Les gouvernements ont choisi d’encadrer l’esclavage pour en limiter les abus, faute de pouvoir l’interdire. C’est ainsi que Colbert et son fils, ministres de Louis XIV, édictèrent le Code Noir en 1685.

Convoi de captifs en Afrique au XIXe siècle (gravure abolitionniste)

Le mouvement abolitionniste

L’esclavage a été progressivement aboli à la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle dans les États américains et les colonies européennes grâce à l’action des sociétés philanthropiques d’inspiration chrétienne et des élites des Lumières.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’influence des idées démocratiques a conduit à son abolition dans l’ensemble des États de la planète. Les derniers pays à l’abolir officiellement ont été deux pays arabo-musulmans : l’Arabie séoudite en 1962 et la Mauritanie en… 1980.

Il n’empêche que l’on assiste en ce début du XXIe siècle à un retour de l’esclavage dans de vastes parties de la planète, en particulier en Afrique noire depuis la vague de décolonisation des années 1960, mais aussi dans certains pays arabo-musulmans, dans le sous-continent indien, dans certaines régions chinoises et même en Europe.

Maintien de l’esclavage au sud du Sahara

En Afrique, dans toute la frange sahélienne au sud du Sahara (Mauritanie, Mali, Niger, Nigeria, Tchad, Soudan), de sanglantes tensions perdurent entre les descendants d’esclaves et leurs anciens propriétaires, généralement des nomades musulmans à peau claire.

Dans les années 1990, les commerçants mauritaniens du Sénégal ont été ainsi victimes de violences meurtrières de la part d’émeutiers noirs qui les ressentaient comme liés aux anciens trafiquants d’esclaves.

Chez les bédouins qui nomadisent dans la région du Niger, l’esclavage concerne encore plusieurs millions de personnes, des Noirs au service de leur maître jour et nuit, toute leur vie durant, et qui se font tuer sans autre forme de procès s’ils tentent de s’enfuir.

Plus gravement, au Soudan, dans le bassin supérieur du Nil, le trafic d’esclaves a repris entre les régions du sud, peuplées de noirs animistes ou chrétiens, et les régions du nord, dominées par des Arabes musulmans.

L’esclavage a aussi laissé des traces dans les mentalités. C’est ainsi qu’en Afrique du Nord, en Libye comme en Algérie, les immigrés d’Afrique noire se plaignent d’être traités avec mépris, honteusement exploités et souvent violentés.

Regain de l’esclavage en Afrique centrale

Au coeur du continent africain, la reprise de trafics humains à grande échelle est favorisée par l’effondrement des États et des administrations hérités de la colonisation européenne ainsi que le montre Sylvie Brunel (*).

En 2001, la presse a révélé au grand jour la résurgence du travail servile sur le continent noir et fait état de bateaux chargés d’enfants dans le golfe de Guinée. En Côte d’Ivoire, au Gabon ou encore au Ghana, de petits planteurs et des artisans profitent ainsi de l’extrême misère de certaines contrées pour acheter des enfants à vil prix à leurs parents.

Du Libéria à l’Angola, de «  Grandes compagnies  » de brigands et d’enfants soldats mettent villes et campagnes à feu et à sang, parfois avec la complicité de trafiquants d’armes liés à la classe politique européenne, parfois aussi avec la bénédiction et les royalties de compagnies pétrolières occidentales soucieuses d’assurer la protection de leurs zones de forage et de leurs oléoducs.

Les compagnies pétrolières occidentales, comme autrefois les planteurs de sucre, favorisent la course à l’argent facile, les guerres de clans et par voie de conséquence les trafics humains en tous genres.

Au tournant du XXIe siècle, la compagnie Total (France) et la compagnie Talisman (Canada) ont versé à elles seules un milliard de dollars par an au gouvernement de Khartoum pour exploiter les gisements pétroliers du sud et de l’ouest (Darfour). Ces versements ont été entièrement consacrés par le gouvernement soudanais à l’achat d’armement en vue de la guerre menée contre les Noirs animistes ou chrétiens du sud ainsi que contre les Noirs musulmans du Darfour.

L’Europe découvre à son tour l’esclavage

En Europe même, l’esclavage réapparaît dans l’immigration africaine, dans les ambassades moyen-orientales, dans des ateliers clandestins asiatiques et jusque dans certaines franges de la bourgeoisie française. Dans tous ces milieux, on exploite des immigrants clandestins rendus dociles par la privation de passeport et la menace de la prison.

Aux Antilles et en Guyane, dans les départements français d’outre-mer, les pouvoirs publics et les élus tolèrent l’emploi d’immigrés haïtiens comme ouvriers agricoles ou domestiques, dans des conditions très proches du travail forcé et de l’esclavage…

Sur les côtes de Libye, les Noirs qui tentent de gagner l’Europe sont embarqués par les trafiquants musulmans sur des rafiots dans des conditions plus abominables que le « bois d’ébène » aux XVIIe-XVIIIe siècles.

L’aggravation des conditions sociales, la précarisation de l’emploi des salariés et le recul de l’État de droit rendent plus difficile la traque de ces pratiques que l’Europe avait le privilège d’ignorer depuis plusieurs siècles. Le combat contre l’esclavage n’est en rien achevé et il serait pour le moins malheureux d’en parler comme d’une affaire du passé.

Félicitons-nous que les députés français l’aient enfin reconnu et aient inscrit ce crime dans le Code pénal le 15 mai 2013 en le définissant comme « le fait d’exercer sur une personne les attributs du droit de propriété ou de maintenir une personne dans un état de sujétion continuelle en la contraignant à une prestation de travail ou sexuelle, ou la mendicité ou à toute prestation non rémunérée ».

Alban Dignat
Source : http://www.herodote.net/Une_realite_qui_dure-synthese-16-123.php

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