Le Qatar et ses boycotteurs : la paille et la poutre

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La tension entre le Qatar et certains pays du Golf ne date pas d’hier mais remonte au moment où ce micro-état a décidé de dévier de la ligne tracée et d’adopter sa propre politique médiatique, de prendre le parti de citoyen arabe et d’investir dans les rouages de l’économie mondiale. Un tel choix a été perçu par les voisins comme une fausse note.
L’Arabie saoudite, le Bahreïn et les Emirat arabes unis entretenaient des relations froides avec le Qatar, mais le 5 juin ils ont passé à la vitesse supérieure en annoncent d’une manière dramatique la rupture de ces relations et la fermeture des frontières terrestres et maritimes qu’ils partagent avec lui. D’autres pays arabes tel le Yémen, La Jordanie, la Mauritanie et le gouvernement de l’est libyen se sont rallies à cette décision.
Les origines de la crise du Golfe
Sous la pression du parlement au sujet du budget, L’Angleterre, force colonisatrice de l’époque, a décidé de quitter la péninsule arabique en 1968 et les Emirats arabes se sont mises à nouer des alliances pour mettre en place des entités politiques pour colmater la brèche. Ainsi, cheikh Rached bin Said Al Maktoum et cheikh Zayed bin Soltane Al Nahyane ont œuvré pour une grande alliance dans la région sous la bannière d’un seul état qui sera déclaré avant le départ des Anglais. Cette alliance comprend les sept émirats qui sont actuellement connus sous le nom des Emirats Arabes Unis en plus du Qatar et du Bahreïn mais ces derniers ont refusé d’en faire partie et s’en sont sortis comme deux pays indépendants.
Auparavant, l’Arabie Saoudite a caresse le rêve d’annexer le Qatar sous le prétexte qu’il fait partie de la province Alahsaa mais les Anglais l’en ont dissuadé.

En 1974, l’Arabie Saoudite a concédé une partie de l’oasis Brimi aux Emirats Arabes Unis en contrepartie de la bande côtière Khour Aladid qui est devenue une digue frontalière naturelle entre le Qatar et les Emirats Arabes. Ceci est perçu comme une ingérence saoudienne pour changer les frontières du Qatar. Et par conséquent, le Qatar et les Emirats Arabes n’ont plus de frontières communes et les Qataris sont obligés de passer par le territoire saoudien pour aller aux Emirats Arabes.
Le 30 septembre 1992, un bref conflit militaire s’est déclenché entre l’Arabie Saoudite et Le Qatar et s’est soldé par la mort d’un officier saoudien et deux soldats qatariens et l’occupation d’une région appelée Alkhafous par l’armée saoudienne.

Après le coup d’état militaire déjoué en 1996, le gouvernement qatarien a révélé l’implication de l’Arabie Saoudite et l’Egypte dans le putsch manqué qui a pris une tournure purement tribale.
Pour remonter loin dans l’histoire, il y a lieu de rappeler qu’en 1939 l’Angleterre, force colonisatrice de l’époque, a concédé l’archipel Hiwar au Bahreïn qui l’a transformé en site touristique. A l’époque, le Qatar n’a pas reconnu cette concession et en 2001 a proposé de régler le litige territorial pacifiquement par la voie de la Cour Internationale de justice (CIJ) qui a statue que la plupart des iles Hiwar reviennent au Bahrein et a confirmé la souveraineté du Qatar sur les iles Jinane et Fecht Dubel et la région Zobara.
La décision de de la CIJ, qui a mis fin à une longue tension qui a risqué de dégénéré en conflit armée en 1986, a été acceptée de bonne foi par les Qatariens mais elle est restée en travers de la gorge des Bahreïnis qui accusent leurs voisins qatariens de mettre la main sur le tiers de leur territoire.

Dans le sommet du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) tenu à Mascat en décembre 1996, le saoudien Jamil Hjailane a été choisi secrétaire général du Conseil au détriment du candidat qatarien Abdurrahmane Alatiya qui s’est porte candidat pour un deuxième mandat. Cette manouvre a poussé l’émir du Qatar à l’époque Hamad Bin Khalifa Al Thani à boycotter la séance de clôture du sommet.

Le dossier de la tension a été clos, mais les litiges frontaliers se sont transformés en rancœurs politiques…!
En 1996, le Qatar lance la chaine de télévision Aljazeera qui a été perçue au départ comme une tribune pour les voix réprimées et une bouffée d’oxygène pour les souffrances étouffées. Le public arabe s’est retrouvée dans cette chaine qui reflète ses rêves et ses aspirations. Mais la chaine n’a pas été du goût des chefs d’états arabes qui y ont vu le flambeau de conscience qui tourmente les tyrans.
Et puis il y eut le grand choc pour l’Arabie saoudite et ses obligés quand le Qatar a renforcé ses relations diplomatiques avec l’Iran. Les deux pays partagent d’importantes ressources en gaz naturel qu’ils ont commencé à exploiter au début du millénaire.

Mais le facteur qui a tant inquiété les tyrans arabes fut l’attitude du Qatar en 2011 par rapport aux révolutions arabes qui ont secoué les pouvoirs en place. Doha s’est alignée avec le citoyen opprimé en soutenant ses aspirations à briser les carcans de la soumission et du suivisme.
Les autres pays du Golfe ont perçu la révolte des pays arabes, connues aussi sous le nom de printemps arabe, comme un facteur de “déstabilisation de la région et une menace pour ses gouvernants”.

Sur fond de divergences d’intérêts et de points de vue, Le Qatar et l’Arabie saoudite ont soutenu différents groupes en Syrie et en Lybie qui n’ont pas les mêmes agendas. Ryad a poussé les pays du Golfe en mars 2014 à suspendre ses relations avec le Qatar pendant des mois, menaçant même de pire que ça.
Auparavant, l’Arabie saoudite a retiré en 2002 son ambassadeur au Qatar, Saleh Touaimi, suite à la diffusion par Aljazeera d’une émission que Ryad a estimé qu’elle porte atteinte au fondateur du royaume le roi Abdelaziz Al Saoud.
Griffes qatariennes

Le Qatar, qui était un petit suscitant les convoitises de ses voisines, a intelligemment renforce ses assises en lançant un appareil médiatique fort et en consolidant ses relations avec les grandes puissances mondiales tel que les Etats-Unis, la France et La Grande Bretagne. Le Qatar a posé les jalons d’une politique autonome de l’axe saoudien et mis en places des ponts de communication des institutions et des organisations transnationales tel que le groupe des Frères musulmans, ce qui lui a permis de jouer des rôles majeurs dans des conflits régionaux comme le Darfur et la Somalie. Ses investissements économiques ont été judicieux et efficaces. Sur le plan religieux, le pays a mis au gout du jour sa doctrine wahhabite en permettant aux femmes la conduite des voitures et en tolérant une marge de liberté pour les étrangers résidents.
Ainsi le petit frère s‘est vu pousser des griffes pour se défendre de la régence provocante du « grand frère »

Arguments infondés

La décision de L’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes de rompre leurs relations avec le Qatar avait des signes précurseurs. Le site de l’agence de presse officielle qatarienne a été pirate et des déclarations fabriquées de toutes pièces ont été fallacieusement attribuées à l’émir du Qatar Cheikh Tamim Bin Hamad Al Thani. Quelques jours après, et sous le prétexte que le « Le Qatar soutient le terrorisme », l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis décident de boycotter le Qatar et poussent d’autres pays, en brandissant « le bâton et la carotte », à faire de même.

A propos de terrorisme, L’Arabie saoudite « voit une paille de l’œil de son voisin sans voir la poutre qui dans le sien ». Son nom figure en premier place dans les rapports de toutes les institutions et les instances concernes par la lutte contre le terrorisme. L’Occident considère le terreau du terrorisme et l’extrémisme religieux puisent leurs sources dans la pensée wahhabite, par référence à Mohammed bin Abdel Wahhabe (1703-1791) que les saoudiens considèrent comme un réformateur religieux et constitue le socle idéologique sur lequel s’est fonde le premier état saoudien (1745-1818).

Les attentats du 11 septembre 2011 ont été le début d’une nouvelle ere dans la pratique terroriste et parmi ses auteurs (19 terroristes), il y a 15 saoudiens, deux émiratis, un égyptien, Mohammed Ata et un libanais, Zyad Jarrah. Il était prévu qu’une autre personne participe aux attentats et que ce soit ou bien Turki Almoutairi ou Mohammed Manea Alqahtani (selon les hypothèses des services de renseignements américains) et les deux sont saoudiens.

Le Bureau fédéral d’investigation américain a ouvert une enquête sur Hayfaa Alfayçal, épouse de l’ex-ambassadeur saoudien à Washington Bandar Bin Soltane, accusée de verser des sommes d’argent au profit de deux des auteurs des attentats, Khalid Almahdhar et Nawaf Alhazmi qui était a bord du vol 77 de l’avion Boeing a heurté le siège du ministère de la défense (Pentagone).

Parmi les arabes détenus dans la prison du Guantanamo, les Saoudiens sont majoritaires, suivis par les yéménites, les égyptiens et les émiratis. Le seul qatarien détenu dans cette triste célèbre prison est Jar Allah Almarri qui a été recruté en 2001 à la Mecque par le saoudien Abou Alwalid Almakki pour rejoindre les rangs d’Al-Qaïda.

Au regard de l’actualité concernant les attentats suicide visant les civils, il ressort toujours que les saoudiens entretiennent des rapports étroits avec les auteurs de ces actes terroristes, alors qu’il est impossible de prouver l’implication des qatariens dans ces actes.

Les saoudiens occupent des postes de direction au sein d’Al-Qaida et l’organisation de l’état islamique, connue aussi sous le nom Daesh et le Royaume, avec sa doctrine, son mode de gouvernance et ses ressources financières constitue un milieu incubateur du terrorisme. Cela a poussé Claudia Roth à affirmer récemment que « L’Arabie saoudite est le premier exportateur de terrorisme au Proche-Orient ».

Le site canadien « Global research » a publié un rapport où il évoque un document saoudien secret au sujet d’un accord entre les autorités du Royaume et près de 1300 prisonniers condamnés à la peine de mort en vertu duquel ils seront déclarés innocents et leurs proches auront droit à des pensions mensuelles et ce en contrepartie de s’engager dans une mission de jihad en Syrie.

Ainsi, Ben Emmerson, le rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme et la lutte contre le terrorisme s’est dit préoccupé par le fait que la plupart des groupes impliqués dans des actes de violence ont des ressources financières et logistiques au sein de l’Arabie Saoudite.

Tentacules de la pieuvre émiratie

Parmi les prétextes invoqués pour imposer un blocus injuste sur le Qatar, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes accusent fallacieusement Doha de « s’ingérer dans les affaires internes des pays arabes ».
Pour l’observateur du paysage politique arabe, les tentacules de la pieuvre émiratie sont visibles partout. Qui sont les complices du président tchadien Idriss Deby dans ses manœuvres de déstabiliser la Libye ?
Le président Deby s’est rendu à Dubai le 25 mai 2016 couronnant les visites effectuées par le directeur de la sécurité tchadien Jeddi Saleh. Ces visites étaient arrangées par le général libyen Haftar qui s’est rendu au Tchad en octobre 2015 pour coordonner l’action de ses soutiens (les Emirats Arabes, l’Egypte, la Jordanie et le Tchad).

Selon des sources concordantes, Haftar a proposé la mise en place d’une liaison entre les services de sécurité tchadiens et émiratis et la première rencontre a eu lieu le 19 octobre 2015 entre Jeddi Saleh et Hazaa Bin Zayed, conseiller à la sécurité nationale des Emirats Arabes.

Cette rencontre s’est conclue par un accord de coopération en matière de sécurité et de renseignement entre les deux pays en plus de l’Egypte pour venir en soutien de Haftar dans sa lutte contre les groupes de Tripoli. Les Emirats Arabes s’engagent à assurer un soutien matériel et logistique pour le Tchad qui s’engage, pour sa part, à fournir une part de ce soutien au groupe de Haftar.
Les Emirats ont confié au Tchad la mission de préparer une force militaire pour intervenir en Libye.
Le 11 janvier 2016 Jeddi Saleh s’est rendu encore une fois aux Emirtas arabes pour faire le suivi de l’accord conclu en octobre 2015.

Des sources libyennes bien informées confirment les Emirats arabes unis ont fait parvenir une quantité d’armes a Haftar via le Tchad en mars 2016. Le général Omar Deby (frère du président tchadien et directeur de l’approvisionnement de son armée) a visité, en compagnie de Zakaria Driss Deby (fils du président tchadien) aux Emirats Arabes du 6 au 8 juin 2016 pour recevoir une quantité d’armes.

Les Emirats Arabes ont enjoint à leurs pions Deby et Haftar qu’il n’y pas de trêve sans la défaite des groupes de Tripoli et qu’il n’y a pas lieu de reconnaitre le gouvernement de Serraj et qu’il faut œuvrer inlassablement pour saper le projet de réconciliation entre les Touaregs et les Tebus parrainé par Doha. Toutes ces manœuvres visaient à renforcer la position de négociation de Haftar et consolider sa mainmise sur les champs pétroliers.

Dans le sud du pays, Les Emirats arabes ont soutenu militairement des milices relevant de Zantane (Alqaaqaa, Assawaie, Almadani) à travers ses hommes liges Mahmoud Jibril, Alaref Annayed, Abdellah Nakir et d’autres personnes. Ils ont aussi soutenu les tribus Tabus dans leur gueree contre les Touaregs en leur fournissant de armes via l’aéroport Oum Jars et par voie du sahara en coordination avec Deby et le mouvement soudanais de la Justice et de l’Egalite. Cette guerre a fait 367 morts parmi les Touaregs et l’exode de 37 milles personnes d’Oubari.

Quand le Qatar a commencé à œuvrer pour réconcilier les Touaregs et les Tebus et a fait des succès dans ce sens, les Emirats Arabes n’ont ménagé aucun effort pour la reprise de la guerre entre les deux parties en mobilisant ses hommes dans les deux camps. Ils ont soutenu l’officier Bin Nayel qui était emprisonné à Misrata pour avoir attaqué la « troisième force ».
Ainsi a débuté leur projet à travers la mainmise sur la base Barak Chatie qui a été le théâtre d’une guerre féroce entres, d’une part, la « troisième force » et de l’autre part les milices de Bin Nayel et les forces Alkarama soutenues par les Emirats arabes et L’Égypte. Ces confrontations ont fait 141 morts.

La presse soudanaise parle de l’ingérence des Emirats Arabes dans les affaires internes de Khartoum à
travers leurs liaisons avec Taha Osman, ex-directeur du bureau du président de la République.

La presse turque, pour sa part, fait état de l’implication des Emirats Arabes dans le coup d’état contre le président Erdugan et ce à travers un soutien financier estimée à 3 milliards de dollars.

En matière « d’ingérence dans les affaires des autres », les Emirats Arabes Unis sont les derniers habilités à en parler. Avérée est la parole du prophète de l’Islam, paix et salut sur lui : Si vous n’avez pas honte, faites ce que vous voulez.

Par Mahmud Ahmed Trablissi

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