Nigeria : la guerre du Biafra en cinq dates

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HISTOIRE – Il y a cinquante ans, le 30 mai 1967, le Biafra faisait sécession et entraînait le Nigeria dans une effroyable guerre civile dont les images ont marqué notre mémoire collective et provoqué une mobilisation sans précédent des associations humanitaires.

Les «petits Biafrais» resteront pour toujours le symbole de la famine, de la mobilisation humanitaire et une épine dans la bonne conscience occidentale. Affamés par le blocus nigérian, ils sont les principales victimes d’un conflit déclenché par les rivalités ethniques et économiques et entretenu par des pays étrangers soucieux de maintenir leur influence.

Retour en cinq dates sur une guerre civile particulièrement meurtrière, responsable de la mort d’un à deux millions de personnes dont la majorité était des civils.

15 janvier 1966: le coup d’État des Ibos

La guerre civile nigériane plonge ses racines dans les rivalités ethniques qui rongent une Afrique aux frontières dessinées par les puissances colonisatrices. Au Nigeria, les Ibos (ou Igbos), catholiques originaires de la partie orientale du pays qui deviendra le Biafra, s’opposent aux populations du nord, musulmanes, les Haoussas et les Fulanis. Le 15 janvier 1966, six ans après l’indépendance, le général ibo Aguyi Ironsi s’empare du pouvoir. L’unification forcée de l’État fédéral est refusée par le Nord. Des émeutes puis des massacres contre les Ibos se déclenchent dans plusieurs villes. Le 29 juillet, Ironsi est assassiné lors d’un coup d’État mené par le général Yakubu Gowon. La chasse aux Ibos continue pendant des mois: 30.000 d’entre eux sont assassinés, d’autres mutilés.

30 mai 1967: naissance d’un État, le Biafra

Le Biafra, au sud-est du Nigeria, représente moins de 10% du territoire nigerian.

Galvanisés par les récits des réfugiés fuyant les persécutions, ulcérés par le redécoupage administratif du pays en douze États fédéraux qui les prive de leurs ressources pétrolières, les Ibos veulent faire sécession. Le gouverneur militaire de la région orientale, Odumegwu Ojukwu proclame le 30 mai 1967 l’indépendance de la «République du Biafra». Enugu devient la capitale d’un pays de 14 millions d’habitants sur les 55 millions de la fédération nigériane.

Le général Gowon ne peut accepter de voir s’échapper la manne pétrolière. Il lance le 6 juillet une offensive générale. C’est le début d’une guerre qui durera trente mois.

L’armée biafraise se défend les premières semaines avec succès. Elle réussit même une percée vers l’ouest mais quelques mois plus tard les forces nigérianes ont totalement repris le dessus. Dès octobre, la capitale Enugu tombe aux mains de l’armée fédérale.

Printemps 1968: le Biafra cerné mais armé

Un an après son indépendance, le Biafra se trouve totalement encerclé ayant perdu avec la chute de Port Harcourt son accès à la mer. La petite république n’est plus alors dans la presse que le «réduit biafrais».

Comment résiste-t-elle encore? Isolée diplomatiquement, elle n’a été reconnue que par quatre pays africains: la Tanzanie, le Gabon, la Côte d’Ivoire et la Zambie. Le gouvernement fédéral, lui, reçoit le soutien du Royaume-Uni et des États-Unis qui tentent de contrer l’influence de l’URSS. Dans ce jeu des grandes puissances, la France du général de Gaulle, se porte du côté du Biafra. Derrière l’appui officiel, le «Monsieur Afrique» de l’Elysée, Jacques Foccart, comme le révèle RFI, organise le ravitaillement en armes des indépendantistes. Et c’est ainsi que le conflit s’enlise entraînant avec lui la mort des civils victimes de la faim.

Eté 1968: l’Occident découvre la famine

Les images des enfants malnutris, ici dans le camp de Nwanze, scandalisent l'opinion internationale.

Depuis le début de la guerre, le gouvernement de Gowon impose un blocus total à la région sécessionniste. Devenu un «réduit» coupé du monde, le Biafra connaît à l’été 68 une famine sans précédent. La population réfugiée ne reçoit plus que deux repas par semaine. On parle au mois d’août de 6.000 morts par jour. Les images diffusées par les médias d’enfants malnutris au ventre gonflé bouleversent l’opinion internationale. Les organisations humanitaires tentent de contourner les réticences de Lagos qui soupçonne -à juste titre- les convois humanitaires de transporter armes et mercenaires. Des «vols-pirates» sont organisés pour apporter des vivres aux populations à l’agonie. La Croix-Rouge Internationale, fidèle au principe de neutralité s’y refuse. C’est à ce moment-là qu’émerge un mouvement mené par des médecins dont Bernard Kouchner qui prône l’ingérence humanitaire. Médecins Sans Frontières (MSF) sera créé à l’issue de ce conflit en 1971.

15 janvier 1970: mort de l’éphémère République du Biafra

A la fin de l’année 1969, en décembre, une offensive générale est lancée sur les derniers bastions biafrais qui tombent un à un. Le 11 janvier, Ojukwu s’enfuit laissant le soin à son successeur Philip Effiong de signer la reddition quatre jours plus tard. Le général Gowon déclare qu’il n’y a «ni vainqueur, ni vaincu» et appelle à la réconciliation nationale. Le Biafra n’est plus.

La conclusion revient au Dr Max Récamier. Ce médecin, qui fera partie des fondateurs de MSF, est l’un des rares européens à avoir assisté aux derniers jours du réduit biafrais. Il se confie à son retour au Figaro le 2 février 1970.

A une question sur son sentiment profond maintenant que le conflit est terminé, il se dit amer. Amer, parce que le gouvernement biafrais aurait pu négocier plus tôt et accepter une autonomie fédérale. Il ajoute:

«Mais mon amertume est autre: le bilan de cette guerre, c’est plus d’un million et demi de morts, dont les huit dixièmes de faim. C’est une génération d’enfants de six à dix ans, disparue. Une autre génération de 18 à 23 ans, mutilée. Je trouve à Paris une opinion certes, excitée par l’effondrement du Biafra. Mais la guerre a duré deux ans!

Oh! bien sûr, on a donné de l’argent pour les petits Biafrais, on s’est donné bonne conscience. Mais on n’a pas empêché qu’ils meurent. La voix de l’opinion publique ne s’est pas assez fortement fait entendre pour que la France, qui était représentée des deux côtés, pût jouer son rôle de médiateur. Le gouvernement a aidé le Biafra, mais juste assez pour prolonger le massacre, pas assez pour le sauver. Des vies d’enfants n’ont pas pesé lourd en face de la raison d’Etat et des impératifs économiques.»

Par Camille Lestiennepicture-2674417-61ep2j54

 

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