Mauritanie : Ould Bouamatou tire les ficelles

En tirant sur les ficelles depuis Marrakech, il pourra sans doute continuer à souffler dans les ballons d’espoir d’une certaine opposition en mal de bailleurs, mais difficilement reconstruire l’architecture politique qui a servi à prospérer ses affaires.

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weeklyinfos.net@gmail.com
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Le magma politique mauritanien n’a jamais été en aussi grande ébullition. En plus des coulées de laves visibles que tempèrent, de temps à autre, l’éventualité d’un dialogue politique qui semble,

parfois, si proche et, des fois, si lointain, des ondées proviennent de l’ombre.

Aux campagnes politiques visibles sur le terrain, somme toute classiques dans un système où majorité et opposition font feu de tout bois dans la perspective des échéances électorales, une autre campagne en sourdine met en branle sa machine dans le dessein de peser sur le cours des évènements au risque d’utiliser des moyens peu orthodoxes.

Fin marionnettiste, rompu aux techniques de l’ombre, à la manigance politicienne, au jeu d’influence, Mohamed Ould Bouamattou anime cette campagne depuis son refuge de Marrakech.

L’Homme ne manque ni d’argent, ni d’entregent.

Sa fortune, aujourd’hui colossale, bâtie en en clin d’œil, s’est miraculeusement constituée.

Ce ne sont pas les bonbons qui ont carié les dents des petits mauritaniens, ni le fameux cube Magie qui donnerait les rhumatismes et encore moins les cigarettes qui empoisonnent qui peuvent justifier, à eux seuls, une assise financière aussi massive et tentaculaire.

Nombreux sont ceux qui se rappellent les propos tenus par Feu Abdallahi Ould Noueygued dans l’antichambre du gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie, qui, étonné par la montée en puissance de Bouamattou dans le milieu des affaires, lui aurait fait allusion à lune certaine « poudre blanche».

Mais, d’ailleurs, avait-il besoin de tremper dans beaucoup d’autres choses pour rouler sur l’or quand on sait sa capacité à mettre en faillite les entreprises publiques et les hommes d’affaires pour reprendre à vil prix leurs activités, à mettre à sa botte les fonctionnaires véreux, à utiliser à fond les ressources de la corruption, à nommer et à dégommer les responsables à sa guise, notamment des premiers ministres, des ministres des finances, des gouverneurs de la Banque Centrale, des secrétaires généraux du PRDS…

Cela lui a valu de construire un vaste empire financier qui couvre, notamment, des activités d’import-export, d’assurances, de transport aérien, de cimenterie, de concession automobile, de télécommunications, de spéculation foncière et de banque.

Sa banque s’était rendue, d’ailleurs, tristement célèbre pour avoir pompé des établissements vitaux tels que la Sonimex et la Somelec qui, bien qu’importants dépositaires, faisaient recours, par le truchement d’autres comptes, à des découverts à taux prohibitifs.

Il a coulé plusieurs sociétés publiques dont Air-Mauritanie qui était un outil de souveraineté auquel les Mauritaniens sont très attachés.

En plus de cette mainmise quasi monopolistique sur les secteurs les plus rentables de l’économie, il bénéficiait des royalties et des largesses d’un pouvoir pris en otage.

C’est ainsi qu’il a bénéficié, entre autres faveurs, de lotissement de plusieurs centaines d’hectares à Nouakchott dont un seul terrain cédé à une ambassade étrangère contre plusieurs millions de dollars.

Bien plus que sa fortune dont l’ampleur et la provenance sont un secret de polichinelle, Bouamattou a de l’entregent grâce à un réseau de relations savamment tissé à travers le monde, en particulier avec les milieux de la franc-maçonnerie juive et ses relais financiers.

Curieux parcours pour un instituteur adjoint qui compte dans son carnet d’amis, la charmante Anne Saint Claire, son moins claire de mari Dominique Strauss khan, Ben Ali et ses Trabelstis avec qui il a créé Mauritanie Air-ways et même des relations suspectes qu’il aurait avec de grosses pontes colombiennes…

En Mauritanie, il avait la République en poche, le frère ainé du président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya avait un bureau à la GBM.

Bouamattou intimait l’ordre aux membres du gouvernement qui lui obéissaient à l’œil et au doigt.

Mais son capital relationnel n’a jamais été stable et changeait en fonction des opportunités du moment. C’est ainsi qu’il a successivement tourné le dos aux Tayas, aux Trabelstis et à bien d’autres.

Aujourd’hui, il s’investit plus dans l’action médiatique à travers les réseaux sociaux, la presse écrite et électronique avec une pléthore de lieutenants à sa solde qui comptent des badauds, des intellos en rupture de ban, des opposants en mal de tribune, des sites en faillite, des bureaux conseil de façade.

Tout ce monde est mis à profit pour une campagne qui vise clairement – et il ne s’en cache pas – à déstabiliser la Mauritanie, à ternir l’image de marque du système politique en place et à secouer le statuquo en vue d’un changement qui lui permettra, pense-t-il, de retrouver sa place dans l’exercice du pouvoir.

Voilà la toile de fond visible de la machine mise en œuvre par Bouamattou pour peser sur le cours des évènements politiques en Mauritanie.

Mais tout peut-il se jouer uniquement sur des journaux que peu de Mauritaniens lisent ou des sites que peu d’entre eux consultent. Certainement pas.

La campagne vise essentiellement l’opinion à l’étranger.

En Mauritanie, Bouamattou a laissé l’image d’un homme d’affaires qui a réussi incontestablement à construire une fortune phénoménale fulgurante, même si l’intelligentsia l’apparente à un certain Berlusconi en raison de son peu de scrupules, de ses mœurs et de ses ardeurs… notamment politiques.

Il a certes de l’argent et de l’entregent.

En tirant sur les ficelles depuis Marrakech, il pourra sans doute continuer à souffler dans les ballons d’espoir d’une certaine opposition en mal de bailleurs, mais difficilement reconstruire l’architecture politique qui a servi à prospérer ses affaires.

 

Addahi Atigh

Source : http://entalfa.info

 

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