Qu’est- ce qu’une identité inclusive ?

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weeklyinfos.net@gmail.com
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La coexistence mutuelle de plusieurs civilisations et de plusieurs ethnies dans cet espace géographique qu’est la Mauritanie est une réalité incontestable. En Effet plusieurs civilisations et plusieurs races ont pu coexister dans cette terre depuis des siècles. Elles ont pu ensemble construire autour des cités de l’Afrique médiévale comme Oualata, Tichit mais aussi autour des villes anciennes de l’empire du Ghana, une civilisation unique dans son genre. Les traces matérielles de cette civilisation sont encore là : le mode de l’organisation de la société, la musique, l’habillement, l’architecture et les mosaïques (notamment celles de Oualata), les différents dialectes utilisés dans cet espace géographique (comme le Lazère qui était un mélange de plusieurs langues dont le soninké, le berbère et l’arabe…) etc.
Après l’indépendance plusieurs facteurs internes (comme le déplacement interne des populations vers le milieu urbain, le frottement de personnes d’origines différentes, contraintes désormais de vivre ensemble dans le même espace , et les effets négatifs de l’exode massif des esclaves « affranchis » vers les grandes villes après les années de la grande sécheresse qui a frappé le pays au début des années 70) ; et autres externes (comme l’avènement des idéologies d’origines extérieures qui constituaient en quelque sorte ce que l’on peut appeler « des forces centrifuges et de la négation réciproque) » ont participé dans le clivage ethnique par l’idéologisation de la différence et des spécificités culturelles.
Aujourd’hui l’une des conséquences positives de la mondialisation est le droit des peuples de s’exprimer librement et de mettre en valeur leur identité culturelle. Mais le paradoxe est que cette même mondialisation qui encourage l’émergence de groupuscules sociaux et la balkanisation des identités et des spécificités culturelles est contredite par les effets économiques de la même mondialisation qui rendent impossible la survie des petites entités politiques et économiques obligées désormais de coopérer et de traiter avec les autres dans un cadre économique et culturel plus large.
C’est pour ainsi dire que le repli identitaire n’est absolument pas dans l’intérêt de personne. Le peuple mauritanien par son expérience de coexistence pacifique et même fructueuse par le passé, peut et doit espérer de reproduire cette expérience réussie et surtout dans un environnement propice marqué par ce qu’on appelle « la mort des idéologies ».
Cela nécessite selon notre approche, la remise en cause du concept statique de l’identité (penser l’identité comme homogénéité et continuité des traditions et des valeurs communes dans le temps) pour mettre en place une conception plus dynamique qui repose sur la différence et qui prend en compte les contraintes du vivre ensemble, de la citoyenneté fondée sur les intérêts mutuels et le respect des droits des peuples. Cette nouvelle conception doit prendre en compte surtout les dangers de la mondialisation et de la fragmentation des sociétés qui est devenue un événement courant dans notre époque.
« L’identité stratégique », qui est un concept nouveau introduit par notre professeur Fathi Triki (Chaire de philosophie de l’UNESCO dans le monde arabe), est essentiellement dynamique et plurielle parce qu’elle prend en considération les spécificités culturelles pas comme une fin en soi mais comme un moyen d’enrichissement et d’ouverture sur le monde
Cette nouvelle conception de l’identité est fondée sur deux choses :
1-la diversité culturelle qui est bien différente du multiculturalisme dans la mesure où le multiculturalisme est avant tout une politique suivie par certains pays comme le Canada alors que la diversité culturelle est une réalité sociale et historique inhérente à L’État moderne en tant que tel.
2- la justice sociale et l’égalité des chances ,c’est-a- dire la citoyenneté car la citoyenneté est l’attachement et le dévouement à l’ensemble que constitue L’État au-delà de toutes formes d’organisations antérieures à la constitution de L’État et de toute sorte de pouvoir parallèle à celui-ci à savoir, la race, la couleur, le groupe social et la tribu.
Dans ce cadre et pour sortir de l’impasse de l’identité anxieuse et pour éviter les dangers de l’injustice et du repli identitaire, notre identité ne peut être que plurielle et multi-communautaire et c’est ce qu’on appelle l’identité inclusive qui est constitutivement plurielle, dynamique et équitable.
Elle est plurielle et multi-communautaire parce qu’elle est déjà fondée sur une base constitutionnelle et juridique qui prône et défend la diversité culturelle du pays conformément au paragraphe 4 de l’article 2 de la constitution introduit lors du dialogue entre la majorité et une partie de l’opposition en 2011.
Elle est dynamique parce qu’elle doit exclure le caractère unidimensionnel et toutes les considérations qui en découle parce que notre identité est tout simplement le fruit de transactions multiséculaires, de brassages de civilisations et de métissages culturelles.
Elle est enfin équitable parce qu’elle doit prendre en considération la nécessité d’une redistribution des biens et de toutes les richesses du pays entre des citoyens libres et égaux.
Il est opportun ici de signaler que je ne partage pas le point de vue de ceux qui considèrent la question des origines des haratines ou n’importe quelle autre composante de la société comme prioritaire. Cette attitude me parait inopinée et intitule en ce moment et même dépassée par rapport aux vrais défis.
Aussi je ne partage pas le point de vue soutenu par certains qui croient à l’existence d’un racisme latent ou d’un racisme d’État en Mauritanie. Il n’y a pas de racisme d’État en Mauritanie.
Malheureusement, certains ont tendance à confondre entre deux réalités complètement différentes : les débordements d’un tel ou d’un tel autre régime politique et les insuffisances dans la gouvernance politique à un certain moment donné qui sont généralement des actes individuels qui seront punis tôt ou tard par la loi, et la doctrine officielle de L’État clairement exprimée dans sa constitution.
Donc qu’est ce qu’un racisme d’État ?
Selon George Fredrikson il n’y a que trois régimes proprement racistes et qui peuvent être taxés de racisme d’État:
-Le premier est le sud-américain sous le règne des lois de Jim Crow. Ces lois, qui constituaient l’un des éléments majeurs de la ségrégation raciale aux États-Unis, distinguaient les citoyens selon leur appartenance raciale et, tout en admettant leur égalité de droit, elles imposèrent une ségrégation de droit dans tous les lieux et services publics.
-Le deuxième est celui de l’Afrique du sud sous le règne du régime de l’Apartheid.
-Le troisième enfin c’est l’Allemagne nazie sous le règne de Hitler .Et qu’il nous soit permis d’ajouter un quatrième régime : celui de L’État d’Israël après la réclamation d’un État exclusivement juif aux détriments des droits du peuple palestinien.
Il est claire que le point commun entre ces régimes différents c’est l’existence d’une idéologie officielle explicitement raciste. Ce caractère principal englobe, selon Fredrikson, les caractères secondaires suivants :
– L’inclusion dans les législations officielles des lois qui consacrent une certaine hiérarchisation de la société sur la base de la suprématie naturelle et de la pureté ethnique d’une race.
– Le fait que la constitution renferme des dispositions qui favorisent une discrimination raciale ou une ségrégation de droit selon l’appartenance sociale des individus.
Or on ne peut pas parler de racisme D’État s’il n’existe pas une idéologie officielle explicitement raciste et une certaine hiérarchisation institutionnelle de la société sur la base de la supériorité ethnique. Tout cela, il est vrai, n’existe réellement pas en Mauritanie.
On peut, certes, parler de fautes graves et des insuffisances dans la gouvernance politique et économique de notre pays depuis son indépendance dont chacun parmi nous aurait été, au moins une fois, victime par le passé et le sera encore dans l’avenir tant que notre système politique est inachevé. Ce qui nécessite un vrai débat sur les questions du fonds qui sont à mon avis : la répartition équitable des biens et des richesses et la justice sociale au profit des anciens esclaves et de toutes les autres couches marginalisées par le biais d’une discrimination positive dans le domaine de l’éducation surtout car « l’éducation – selon Émile Durkheim – n’est pour la société que le moyen par lequel elle prépare dans les cœurs des enfants les conditions essentielles de sa propre existence ». C’est pour cela nous pensons que l’éducation est aussi l’unique moyen de sortir de l’impasse de l’identité anxieuse et de passer vers une « identité retrouvée », c’est-à-dire vers une identité plus dynamique et plus équitable dans laquelle chacun de nous pourra se retrouver et se sentir réellement concerné.

El Bekaye Ouldabdelmalik Mâlik

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