Mauritanie : un récit comme les autres – Par Cheikh Ould Smail

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Un Récit comme les Autres

J’avais appris :  << je veux que l’on soit sincère, et qu’en hommes d’honneur on ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur >>. << Tout Homme de courage, est Homme de paroles >> << Il faut remuer la langue sept fois, avant de parler >>.

La vérité est une vertu, une qualité très rare parmi ce monde, aliéné, perverti. Pour qu’elle existe, la règle veut le contraire. Voilà le mensonge, il est là, c’est un défaut, un vice sordide, abjecte. C’est la morale.

La langue de Molière je ne la connais pas, loin s’en faut. Je ne suis ni Racine, ni Boileau, ni la Fontaine, ni même à coté Senghor, ni Diop Biragho, ni Cheikh Hamidou Kane. Je suis de souche beïdane, ces Maures, arabo-berbères né dans un campement nomade quelque part, là-bas, loin, très loin dans cette Mauritanie profonde. Seulement, cahin-caha j’essaye de transmettre mes idées.

L’histoire récente de la Mauritanie chacun de nous la connait, à sa manière, tout au moins. Tout comme les troubadours et les trouvères des temps, des villes d’Athènes et de Sparts, le Moyen-Age, nos chroniqueurs du temps modernes pour ne citer que les Ehel Agmoutar et Lehessassene ont jeté les bases de quelques choses. La transmission orale n’est pas une science en soit. Elle obéit au gré des sentiments de celui ou de ceux qui sont en charge.

Cette vaste étendue des terres hostiles par sa nature semi-désertiques, aujourd’hui la Mauritanie, contenue entre le Maroc, l’Algérie, la Tunisie au Nord, au Nord-Est, le Sénégal, le Soudan français, aujourd’hui le Mali au Sud, au Sud-Est, à l’Ouest par l’Océan Atlantique ou les bateaux des explorateurs français, anglais, espagnoles, portugais bâtaient pavillons à la découverte d’un monde nouveau, est peuplée d’un ensemble de composantes sociales, hétérogènes, structurées en Emirats, Chefferies et Autres. Cette population digne et fière d’elle-même vivait à sa manière loin de tous les contacts.

Il fallait pour les colons faire la jonction entre le Nord et le Sud pour mieux asseoir leur influence. C’est alors que la pacification du pays des hommes bleus du désert était venue dans les esprits. Les français aidés en cela par certains de nos frères du Nord et du Sud sont venus rapidement au bout d’une résistance équipée de moyens classiques. La colonisation s’installait. Elle n’avait comme objectifs que le maintien de l’ordre et la transmission de son mode de vie par l’intermédiaire des écoles modernes.

Quelques années après, le vent du socialisme soufflait déjà. C’est alors que nous avons vécu les étapes de la loi cadre de mille neuf cent cinquante-six, le choix de l’autonomie interne de mille neuf cent cinquante-huit. L’indépendance était à bout portant.

En mille neuf cent soixante, plus exactement le vingt-huit novembre à zéro heure, sous une tente dressée sur une dune de sable rose, Maitre Moctar Ould Daddah que Dieu le bénisse dans sa dernière demeure, devait prononcer l’ultime déclaration de l’indépendance. La République Islamique de Mauritanie était née.

Le père de la nation, lucide et perspicace était devant plusieurs défis multiformes et multidimensionnels. Les chantiers d’une mise en place d’une nation, d’un état était à faire, ou à refaire ou à parfaire. Il fallait mettre en place une législation complète, des structures des différentes institutions. Aucune infrastructure en place. Une génération des cadres formés à la hâte pour les besoins des circonstances, devaient s’occuper les affaires publiques.

Les prétentions du Maroc au Nord, le soutien indéfectible de la lutte d’indépendance de l’Algérie, les revendications de la fédération du Mali au Sud, les forces centrifuges internes socio-politiques freinaient la marche vers la cohésion nationale nécessaire et même vitale pour notre survie, notre raison d’être : une nation libre.

Cependant, plusieurs évènements très importants se sont succèdés pour consolider notre souveraineté nationale, entre autres, notre adhésion difficile à l’Organisation des Nations Unies (O.N.U), membre fondateur de l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A), l’officialisation de la langue nationale arabe, la renonciation à l’aide du budget de fonctionnement, la formation de l’armé et les forces de sécurité, la création de la monnaie, la nationalisation du secteur minier, l’exploitation de nos ressources halieutiques, membre fondateur de l’Organisation de Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (O.M.V.S), et bien d’autres actes à l’actif des tenants du pouvoir à l’époque. A chaque apogée, il faut un déclin, c’est la loi divine.

La guerre du Sahara s’annonçait déjà. Nos hommes, toutes formations confondues, très réduits en nombre, avec un équipement rudimentaire, première génération, appuyés par d’autres unités locales se sont heurtés à des combattants aguerries, bien équipés, formés pour la lutte de la guérilla, formule soviétique. Un coup de couteau dans le dos. << je peux oublier, mais je ne pardonne jamais >>.

Il fallait à tout prix, se remettre sur les lignes de défense pour sécuriser la légitimité déjà acquise de nos frontières. C’était le coup d’état de dix Juillet mille neuf cent soixante-dix-huit. Alors une armada de mouvement arabe, nassériste, baathiste, khadihine, de négro-africain flammiste, c’était installée pour mieux nourrir une certaine cacophonie, un désordre fou. L’instabilité était là. Alors les révolutions internes du palais, les coups d’Etat, les tentatives de déstabilisation occupaient le devant de la scène. Une atmosphère de méfiance, des coups bas, de liquidation, du mépris des autres, de la course à l’enrichissement élucide, du mensonge était à l’ordre du jour, plus que l’installation de la démocratie, que la mise en place d’un développement harmonieux, économique et sociale. La conférence de la Baule était le début d’un souffle nouveau, d’une amélioration de gestion publique.

Le F.D.U.C, le R.F.D, ère nouvelle, le P.R.D.S, le R.D.U et autres formations politiques devaient affronter nos premières élections pluralistes. Une démocratie timide, chancelante, ponctuée par une mainmise de l’esprit des états d’exception, un désir de se maintenir au pouvoir, nous en sommes là aujourd’hui.

Source : Cheikh Ould Ismail

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