Mauritanie : Le trou noir – par Ely Bakar Sneiba

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Le discours prononcé hier devant une délégation saoudienne par notre ministre de la défense nationale dans un arabe hésitant et approximatif a donné une fois encore l’occasion à certains ethnicistes de renouveler leur rejet systématique et sans appel de la langue officielle du pays. Ces jusqu’au-boutistes veulent nous parquer dans des Bantoustans linguistiques hermétiquement fermés. Suivant leur logique, le ministre en question n’est pas Arabe et on ne devait pas lui demander de s’exprimer dans cette langue, celle que consacre notre constitution.
Cette vision sectaire ne nuit nullement à la langue arabe, une langue qui rayonne ailleurs, dans le monde entier, mais condamne toute autre langue parlée sur le territoire nationale à rester confinée dans une boule ethnique bien circonscrite. En d’autres termes, les Peuls, les Soninkés et les Wolofs, si l’on suit le raisonnement de ces réfractaires, doivent rester figés, emprisonnés dans leurs langues maternelles respectives sans possibilité d’ouverture. Et s’ils devraient s’ouvrir, c’est pour adopter le français comme langue de communication et de travail. Pourtant, la langue française n’est pas la leur et ils n’ont pas les Gaulois comme ancêtres !
Il s’agit ici d’un argumentaire anti-arabe ancien. Il remonte au débat préparatoire de notre ‘’indépendance’’ nationale, indépendance de tout, peut-être, sauf du français.
Que disait ce discours ? Il arguait que si les ethnies négro-africaines se mettaient à l’arabe, elles cesseraient d’exister en tant que réalité ethnique. Et à l’école, il était soutenu que l’avantage en connaissances serait pour les élèves arabophones.
Questions ?
1. Est-ce que l’usage de la langue française, depuis au moins deux siècles pour certains pays d’Afrique du nord et du sud-ouest, avait ‘’tué’’ les ethnies ?
Pas du tout. La carte ethnographique africaine est au complet.
2. Est-ce que les élèves et les étudiants français sont toujours plus brillants que les Africains de leurs classes ?
Non, la langue n’est pas que phonétique ! Nous parlons le français avec accent et nous roulons les ‘r’ et ce n’est pas un handicap scolaire.
3. Est-ce que, les negro-mauritaniens maitrisent mieux le français que leurs compatriotes beïdanes ?
Ce n’est pas sûr.
4. Est-ce qu’en Afrique, le choix d’une langue étrangère comme outil de travail a permis à ces pays d’éviter les frictions ?
Absolument pas, Biafra, Hutu/Tutsi, Casamance/Sénégal, Touarègues-arabes/Mali, Chrétiens/Musulmans centrafricains… tous ces conflits sont là pour nous dire que c’est non.

Nous avons certes des difficultés de coexistence mais le trou noir est ailleurs. Il existe et porte un nom : le sous-développement.
En effet, on est intellectuellement sous-développés, on ne lit que peu ou plus. Le général Aziz dit ne rien lire sauf les rapports administratifs (il s’était confié à Jeune Afrique), on ajoutera, sans faute, les devis et les factures.
Politiquement sous-développés, la politique pour nous n’est pas une affaire de convictions, d’idées et de projets de société, mais une question d’intérêts matériels. Par conséquent, aucun progrès politique n’est possible.

Enfin, sous-développés dans toute autre chose, exception faite de la fausseté : tout est dévoyé, la foi, le pouvoir, la fonction de la langue, la réalité de l’esclavage, la question du genre, le journalisme…

La solution ?
La solution aussi a un nom : la RUPTURE !

Source : Ely Bakar Sneiba

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1 commentaire

  1. Je crois que parler une langue est toujours une bonne chose,un plus et puis la Mauritanie doit être polyglotte dans un monde qui n’a de frontières qu’avec l’infini où le pragmatisme guide toute politique qui se veut pertinente …