[Entretien]La France «interventionniste» de François Hollande Par Nicolas Falez

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Mali, Centrafrique, Syrie, Iran, Ukraine, Union européenne… Après l’annonce du retrait de François Hollande de la course à la présidentielle de 2017, quel bilan peut-on dresser de la politique étrangère de la France pendant son quinquennat ? Frédéric Charillon, professeur d’université, enseignant à Sciences Po et à l’ENA livre son analyse.

RFI : François Hollande laisse-t-il sa marque sur la politique étrangère de la France ces dernières années ?

Frédéric Charillon : Oui, il y a quand même une marque Hollande sur ces cinq années parce que, d’abord, il y a eu un certain nombre d’interventions militaires. Et le quinquennat de François Hollande s’est d’ailleurs signalé comme ça, par un interventionnisme assez fort, qui, d’une certaine manière, a été peu critiqué finalement.

L’intervention au Mali, bien sûr, qui a été considérée comme un succès, à la fois militairement par les spécialistes de la défense, mais aussi au niveau diplomatique parce qu’on n’a pas enregistré véritablement de grande opposition internationale, ni russe ni chinoise, à cette intervention.

La Centrafrique, qui a été un peu plus critiquée parce qu’on s’est demandé si la tâche était faisable. Et puis d’une manière générale, une posture française sous la présidence Hollande et aussi Laurent Fabius au Quai d’Orsay, qui était interventionniste, qui était dure, qui parfois même était jugée en France comme étant au-delà de la posture américaine. La position sur la Syrie où la France voulait intervenir en 2013, et sur l’Iran, à peu près aux mêmes années, où ensuite jusqu’en 2015 la France a souhaité des garanties supplémentaires avant de signerun accord sur le nucléaire iranien. Donc, il reste de cette période finalement hollandaise, si on peut dire, l’image d’une France interventionniste et en même temps sur une posture relativement dure.

Face à la crise en Syrie, le tournant est celui de l’été 2013, lorsque la France a renoncé à frapper le régime de Bachar el-Assad. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni venaient d’annoncer qu’ils renonçaient à cette opération.

La France a assumé sous François Hollande une posture forte sur la Syrie et critiquée. Forte parce que la position française c’est de dire : nous avons des principes. Nous sommes un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Si nous, nous renonçons à exercer nos responsabilités face à une situation ou un régime qui utilise très vraisemblablement des armes chimiques contre sa propre population, alors tout est perdu. Donc nous ne pouvons pas renier ces principes-là. Et la France s’est tenue à ces principes encore jusqu’à aujourd’hui. C’est-à-dire qu’aujourd’hui il y a peu d’acteurs dans le système diplomatique français qui regrette cette posture.

Et puis évidemment, il y a la critique qui consiste à dire : oui, mais cette posture dure a montré que nous ne pouvions rien faire seuls. Et donc nous n’avons rien pu faire. Et finalement, nous avons été peu à peu exclus du jeu politique international sur la question syrienne. Alors là évidemment, on entend d’autres candidats, comme François Fillonqui prône une ligne tout à fait différente. Ça va être un débat extrêmement intéressant. Ça va être un débat entre l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction entre ce qui est possible et ce qui est souhaitable.

Des années Hollande on retiendra quand même cette posture forte, considérant qu’il faut agir en fonction des principes, mais en même temps obligés de reconnaître que nous n’avons pas forcément les moyens. C’est un vrai dilemme et on retiendra ça, je crois, des années Hollande.

La relation étroite de la France avec les pays du Golfe – et surtout l’Arabie saoudite – a été critiquée durant le quinquennat, au point d’être aujourd’hui un sujet de la campagne électorale.

C’est un point qui fait débat. Ça, il n’y a aucun doute là-dessus. C’est un des points qui ont marqué aussi la présidence de François Hollande. C’est un grand rapprochement avec l’Arabie saoudite. Ce n’est pas tout à fait nouveau. C’est-à-dire que la France, en réalité, a depuis très longtemps des relations relativement bonnes avec les pays du Golfe. On se souvient, il y a même longtemps, dans les années 70, dans les années 80, des relations commerciales avec les pays du Golfe qui étaient déjà d’ailleurs à l’époque critiquées. Même si à l’époque il n’y avait pas, évidemment, ce paramètre religieux, ce contexte de doute vis-à-vis des stratégies de l’ensemble des pays du Golfe vis-à-vis de groupes radicaux. Aujourd’hui c’est ça, évidemment, qui fait la différence dans le débat.

Il y a plusieurs paramètres. Il y a d’abord le paramètre effectivement du débat sur le radicalisme religieux qui pose problème dans ce rapprochement avec les pays du Golfe, mais il y a en même temps le paramètre économique et commercial qui fait que ce sont des pays solvables et des partenaires commerciaux importants.

Et puis il y a le paramètre des printemps arabes qui a vu un certain nombre de pays comme l’Egypte, la Tunisie et d’autres, basculer dans des situations instables. Pas les pays du Golfe. Et c’est vrai qu’il a semblé aux observateurs que la diplomatie française faisait finalement de façon pragmatique ce pari d’un rapprochement avec des pays stables, qui n’avaient pas basculé, des pays solvables en même temps, des partenaires commerciaux.

Et naturellement, reste la critique d’un certain nombre d’autres observateurs qui disent : oui, mais il y a quand même des zones d’ombre sur leur lien supposé avec un certain nombre de groupes radicaux. Ça c’est un débat qui effectivement a marqué très fortement les années Hollande.

La France, dans ces années, a été proche d’un certain nombre de ces pays, surtout de l’Arabie saoudite. On a vu le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, très proche de l’Arabie saoudite. On a vu François Hollande reçu au Conseil de coopération du Golfe, qui était une première. Il y a eu, c’est vrai, une étape franchie. Il y a eu une intensification de ce lien avec les monarchies du Golfe.

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Y a-t-il eu une politique européenne de la France sous François Hollande ?

C’est plus difficile à dire, parce que l’Europe sous François Hollande – et ce n’est pas la faute du tout de François Hollande – est dans un tel état que nous n’avons pu, comme d’autres d’ailleurs, que gérer la situation et d’une certaine manière faire en sorte de limiter les dégâts. Alors il reste néanmoins peut-être l’épisode de la crise grecqueet de l’opposition entre François Hollande et Angela Merkelsur une vision de l’Europe, où de toute évidence l’Allemagne prône une vision de l’Europe marquée par l’obligation, ou en tout cas la nécessité, d’une discipline budgétaire notamment, et une vision française, qui a été défendu par François Hollande face à Angela Merkel, d’une Europe qui devrait beaucoup plus être fondée sur la solidarité entre les Etats membres.

Et ça nous l’avons vu très clairement cette différence de style entre Merkel et Hollande. Une Allemagne qui prônait la discipline d’abord comme garantie de la solidité de l’Union européenne et de l’autre une France qui prônait d’avantage le principe de solidarité d’abord, entre les partenaires, quelles que soient les difficultés que ces partenaires puissent connaître. On se souviendra, je pense, de cet épisode.

Mais d’une manière générale, le problème que tout le monde gardera en tête de ces dernières années et qui n’est pas naturellement le bilan de François Hollande seul, c’est l’extrême difficulté dans laquelle se trouve l’Union européenne à la fin de ces années. Une difficulté à la fois financière, économique pour des raisons que nous connaissons, pour la crise qui s’est déroulée.

Une difficulté presque morale également, parce que la crise des réfugiés et un certain nombre d’épisodes ont marqué beaucoup les Européens, une difficulté quasi-identitaire aussi, dans la mesure où nous ne savons plus toujours vraiment qui doit être dans l’Europe, qui veut s’en aller, qui veut nous rejoindre, ce que nous souhaitons être nous-mêmes, c’est une crise assez générale.

Ça aura marqué les années Hollande, ce n’est pas quelque chose à mettre au bilan de François Hollande. Ce n’est pas de sa faute, mais lui comme d’autres ont dû gérer cette période difficile qui a été marquée par le Brexit, par la crise grecque, par la crise des réfugiés, mais également par les difficultés connues par la Turquie qui s’éloigne à grands pas de l’adhésion à l’Union européenne et même des principes européens.

Ça a été une époque aussi où on a vu un certain nombre de pays d’Europe centrale et orientale s’éloigner, sans doute, d’un certain nombre de principes démocratiques de l’Union européenne. Ce n’est pas de la faute de François Hollande, mais lui et d’autres ont essayé de le gérer tant bien que mal.

Nicolas Falez

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