Comment les moustiques choisissent-ils leurs proies ?

L'été bat son plein, et les moustiques s'en donnent à cœur joie. Mais comment choisissent-ils qui et quand piquer ? Eléments de réponse avec Gregory Lambert, spécialiste à l'Entente interdépartementale de démoustication Méditerranées.

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L’été bat son plein, et les moustiques s’en donnent à cœur joie. Mais comment choisissent-ils qui et quand piquer ? Eléments de réponse avec Gregory Lambert, spécialiste à l’Entente interdépartementale de démoustication Méditerranées.

Sciences et Avenir a interrogé Gregory Lambert, responsable de la cellule Méthode et Recherche à l’Entente interdépartementale de démoustication du littoral méditerranéen.

Sciences et Avenir : Comment les moustiques repèrent-ils leur proie ?

Gregory Lambert : La plupart des moustiques disposent d’un double mécanisme de détection : un à longue portée, et l’autre pour le « combat rapproché ». Ce qui attire le moustique en priorité, c’est le CO2 (dioxyde de carbone). Il est capable de détecter les molécules de CO2 à des distances très importantes ; en sachant que le moustique parcours rarement plus de 200 mètres au cours de sa vie. Mais, une fois qu’il est arrivé à portée de la source de CO2, le moustique va se fixer sur un autre déterminant qui le décidera à piquer, ou pas. Cela peut être la forme de la proie, la chaleur qu’elle dégage ou, plus fréquemment, les odeurs.

En effet, son odorat très puissant reste le moyen principal utilisé pour identifier sa proie. Pas question pour lui de détecter le taux de sucre dans le sang comme on peut parfois l’entendre. D’une façon générale, les moustiques sont extrêmement sensibles aux odeurs. Ils peuvent en détecter près de 150 différentes issues du corps humain. Mais il ne s’agit pas d’odeurs perceptibles par l’homme. Cela peut être des odeurs émises par l’hôte mais également des odeurs dues aux bactéries qui vivent sur la peau.

Y a-t-il des personnes qui les attirent plus que d’autres ?

Il y a un biais important à prendre en compte lorsqu’on aborde cette question, à savoir que cela dépend beaucoup du ressenti individuel de chacun. Certaines personnes peu sensibles aux piqûres ou chez qui la piqûre n’occasionne que très peu de réaction au niveau de l’épiderme peuvent avoir l’impression d’être assez peu piquées. Au contraire, pour d’autres, chaque piqûre occasionne une gêne et des démangeaisons importantes qui les poussent à croire qu’elles sont des proies privilégiées.

Cela dit, il est possible que certaines odeurs les attirent plus que d’autres. Mais sur cette question, nous sommes un peu dans le flou. Chaque individu émet son propre cocktail d’odeurs et il est très difficile de savoir quelles combinaisons sont les plus attractives ou les plus répulsives. Ce qu’on sait en revanche, c’est qu’une personne qui transpire beaucoup dégagera plus d’odeurs détectables par le moustique, et sera donc plus susceptible de se faire piquer.

Beaucoup de recherches sont faites sur ce sujet complexe. Par exemple des chercheurs ont déjà constaté qu’une personne buvant de la bière avait plus de chances de se faire piquer qu’une personne buvant de l’eau. Pour autant, impossible d’affirmer que c’est la bière qui attire le moustique. Il est plus probable que la consommation de bière implique d’autres réactions dans l’organisme, comme la vasodilatation due à l’alcool par exemple, qui pourrait être à l’origine de la préférence du moustique.

Sait-on comment le moustique a développé ses mécanismes de détection ?

Là aussi le sujet est complexe. Mais on a des exemples localisés où les moustiques se sont adaptés aux comportements de leurs proies potentielles. En Afrique, lors d’études sur la dengue (NDLR : fièvre tropicale transmise par les moustiques), on s’est rendu compte qu’une espèce Anophèle anthropophile (NDLR : qui pique les humains) qui avait l’habitude de piquer au coucher du soleil a modifié son comportement pour s’adapter à sa population cible. En effet, lorsque ces populations se sont mises à utiliser des moustiquaires imprégnées – redoutables pour les moustiques, on a constaté que les insectes se sont mis à venir piquer plus tôt, avant le coucher du soleil, au moment où les gens ne dorment pas encore et ne sont donc pas abrités sous les moustiquaires.

Pareillement, il a été constaté qu’entre une personne saine et une personne infectée par la dengue, le moustique lui-même infecté allait se tourner plus volontiers vers la personne saine. On peut soupçonner que ce choix est guidé par le virus qui va chercher un hôte sain à contaminer. À l’inverse, le moustique sain préfère piquer la personne infectée.

Le moustique tigre est très peu sensible au CO2

Sur le moustique tigre (Aedes albopictus), j’ai une hypothèse que je n’ai pas encore eu l’occasion de vérifier et qui est donc à prendre avec prudence. Mais on a constaté que, contrairement à la plupart des espèces, le moustique tigre est très peu sensible au CO2. Le fait est que c’est un moustique qui a dû s’adapter à des environnements urbanisés où les sources de CO2 sont extrêmement nombreuses. Il n’est pas impossible que le moustique tigre ait ainsi été peu à peu désensibilisé au CO2 pour se focaliser sur les odeurs qui lui plaisent.

Source : sciencesetavenir.fr/sante

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