L’imbroglio politico-économique Mauritanien

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Bienheureux sera, celui ou celle, qui parviendra à décrypter, par le biais des informations disponibles, le code permettant de comprendre, voire de percer, le sens de l’action politique et économique, menés par le gouvernement en Mauritanie. À la mauvaise volonté que l’on pourrait me prêter, j’opposerais le manque de transparence, une donnée fondamentale, qui complique pour le moins, le travail d’analyse éventuel, auquel on pourrait s’adonner. Prendre des faits isolément, pour les étudier, pour les faire parler, est déjà une tâche ardue en soi. Utiliser des faits épars, en faisant ses recherches sur la base de sources extérieures, au sujet qui est le sien. Tout cela, dans l’objectif annoncé, de produire une réflexion, autour des motivations et conséquences probables, qui sous-tendent l’action gouvernementale d’un pays donné, ici la Mauritanie, relève pour moi, du petit miracle.

C’est sans doute à cet instant, qu’il serait habile ou judicieux de faire appel, à cette fameuse intuition féminine. Rien de tel qu’un mythe, pour réveiller en soi une nature héroïque et faire preuve de capacités insoupçonnées. Ainsi, je me promets de trouver, des tentatives d’explication, des conjectures ou des spéculations, si vous voulez. Car la situation me paraît le requérir. J’ai d’ailleurs beaucoup de mal à comprendre, comment certains de mes compatriotes, qui ont les capacités intellectuelles ou l’expérience pour le faire, ne se lancent pas dans la même voie.

Nous avons des domaines de prédilection, des méthodologies pour parvenir à dérouler un argumentaire, des informations à notre disposition, des moyens de communication, un pays que nous aimons, et une population qui a le droit de savoir ce qui se passe, comment les choses se passent, et où on veut la conduire. Mon geste de solidarité aux Mauritaniens, c’est de leur dire ce que je sais, ce que je crois, et ce qui me permet de le dire, de l’écrire et de le penser.  Ce n’est pas grand-chose, je m’en rends bien compte, mais pour le moment, c’est ce que je peux et sais faire de mieux.

J’ai quelques alarmes, qui se sont déclenchées, les unes après les autres, un peu comme si je me retrouvais dans un très grand bâtiment pour la première fois, dont je ne connaissais manifestement pas les plans. Lorsqu’un terrible incendie advint subitement, sans que je sache d’où le feu était parti et les zones qu’il avait atteintes. Il n’aura échappé à personne, qu’en plus des remous identitaires d’une nation en pleine conformation, des revendications sociales et sociétales de segments importants de la population, de l’émergence de mouvements islamistes sur la scène politique nationale, de la menace Terroriste intérieure et celle qui existe aux abords de nos frontières, nous devons ajouter une crise économique et financière mondiale.

Un tableau qui n’encourage pas particulièrement à l’optimisme. Néanmoins, avec un peu d’effort et de volonté politique, les remous identitaires et les revendications, pourraient laisser place à une meilleure justice sociale, au renouvellement de la classe politique, à la définition d’une vision commune de nos intérêts et de ceux du pays. Ce serait une occasion unique, de remettre les compteurs à zéro et de reprendre sur des bases saines.

L’émergence de mouvements islamistes, en soi, ne représente pas un danger immédiat, dans le sens de l’idéologie politique ou des projets de société, qu’ils sont capable de proposer.  Leur rôle a plutôt consisté jusqu’ici, à servir de faire valoir politique au gouvernement, en occupant la place vacante, de l’opposition dite traditionnelle.

Le dossier du terrorisme, convoque à lui seul, une batterie de problèmes et de difficultés.  C’est une menace qui plane sur nos têtes et sur celles de nos voisins. Un handicap permanent, qui peut remettre en cause à tout moment, les progrès qui sont réalisés dans le présent, et ceux qui pourraient être conçus pour l’avenir. Le terrorisme ce n’est pas que les enlèvements d’étrangers, les demandes de rançons, les attentats-suicides, les attaques ciblées. C’est aussi, une arme de sabotage économique, de destruction de la souveraineté territoriale, et de dispersement des masses.

Avant de revenir, sur cette question précise, il nous faut rappeler certains faits et replacer le contexte. Commençons par reconnaître, qu’en dépit des drames, de l’injustice, du sentiment d’impuissance et de bien d’autres frustrations, nous avons grandi en tant que Nation. Croyez-moi, ce n’est pas aussi évident que nous voudrions bien le croire. Nombre de nos compatriotes, dont votre servante, trouvent toujours de quoi obscurcir l’horizon, en décortiquant les moindres paroles, faits et gestes, au sommet de l’État, au sein du gouvernement, comme dans les bas-fonds de la ploutocratie qui en est sortie. Sans jamais prendre le temps, de véritablement constater, les batailles que nous avons remportées contre nous-mêmes, les efforts invisibles que nous avons consentis, afin de demeurer ensemble.

Tous les sacrifices, les mots qui ont été prononcés et ceux qui n’ont pas encore été libérés, les actes qui ont été contenus, les combats avortés, les luttes trahies et abandonnées, ne seront pas oubliés ni perdus. Dans la confusion et le tumulte, dans la douleur et le sépulcre, ce que vous avez fait, n’est pas passé inaperçu. On en tirera un enseignement commun, des valeurs  partagées et solides.

Il fut un temps, où nous étions comme des enfants, la puissance coloniale tutélaire, faisait office de maître et de guide, en nous façonnant pour intégrer le monde. Comme beaucoup d’autres pays Africains, nous avions nos champions, qui étaient chargés de faire au mieux avec ce que nous avions et pour qui nous exprimions une déférence particulière, et en qui nous placions une confiance presque absolue. L’ouverture au monde, c’est d’abord l’ouverture au monde occidental, ensuite l’ouverture à ces idées. Surtout quand on lui doit son accession à l’indépendance, son introduction  dans les institutions internationale, son système de gouvernance, une partie de son éducation et de son savoir académique.

Dans notre cas, vous le savez, nous avions en plus de cet apport de connaissances occidentales (francophone), une élite estudiantine évoluant dans la sphère Arabophone. Cette dichotomie idéologique et culturelle, va s’avérer un lent poison aux effets secondaires durables. Comme des adolescents pré-pubères, nous avons dans des postures rebelles, adhérer à des concepts, à des visions du monde, aux antipodes de ce que la raison préconisait et parfois de tout ce que nous représentions.

Quand votre cœur et votre esprit, balance entre Occident, Arabie et Afrique, c’est un peu comme si vous vous retrouviez tous ensemble, à l’intérieur d’une coque de noix, au milieu d’un océan déchaîné, c’est joué d’avance. D’autant plus que ce monde, dans lequel nous faisions notre petite entrée, avait ses possesseurs attitrés. Il serait ridicule, risible, dangereux, de croire une seule seconde, qu’après deux grandes guerres mondiales, des dizaines de millions de morts, les vainqueurs se contenteraient de partager le pouvoir et les ressources, avec leurs esclaves de la veille.

Finalement, ils ne nous ont rien donné qui ne nous appartenait déjà. Notre statut d’Homme libre, notre Histoire, nos droits. La seule proposition réelle, c’était de rentrer dans leur système, qui seul était légitime pour nous accréditer une existence. En gros, c’est le maître qui dit à l’esclave, je te libère, mais je suis le garant de ton existence juridique et morale, si tu n’adhères pas à mon organisation, mon club, mon gang, tu peux tout perdre, tes terres, ton histoire et ta vie. Alors quand rétrospectivement, vous étudiez la percée des doctrines occidentales à l’intérieur des mouvements politiques Africains et l’influence qu’elles ont eue sur certaines décisions d’États Africains, après la décolonisation et pendant la période de la guerre froide, vous aurez du mal à ne pas y voir une forme collective du syndrome de Stockholm.

Les erreurs commises hier, ne doivent pas se reproduire aujourd’hui. Ce serait une injure à l’Histoire, et une insulte à notre parcours, aussi chaotique soit-il. Si nous sommes impuissants à changer la marche apocalyptique du monde, au moins n’y participons plus comme des moutons. L’étudiant est appelé à surpasser le maître, mais il n’est dit nulle part qu’il le fera en le copiant servilement ou en lui obéissant sans réfléchir. Nous avons pour les beaux yeux, du socialisme, du capitalisme, du libéralisme, du communisme, du panarabisme, du panafricanisme, mis en péril notre sécurité et notre cohésion. Je vous le dis, avec simplicité, tout en vous avouant, que je me reconnais dans certaines des idées prônées par ces courants de pensée.

A aucun moment cependant, je n’accepterais de sacrifier mon pays et mes compatriotes à ces idées. J’ai le droit, de tenter de les convaincre, du bien fondé de certaines des propositions que contiennent ces doctrines. Je n’ai pas le droit de les imposer, ni de les forcer ou même de manipuler qui que ce soit, afin qu’elles soient acceptées. D’ailleurs, pour être tout à fait franche avec vous, aucune de ces doctrines, ne peuvent fonctionner sur une population divisée. Pourtant, c’est bien l’approbation aveugle à ces doctrines, qui est une des causes, à l’origine de cette division.

Il en va de même pour l’enseignement, que nous recevons, qu’il soit considéré d’ordre religieux ou laïc. Car Dieu, dans son infinie miséricorde, nous a fait des êtres pensants, avec un discernement individuel. Serait-ce pour ne pas en faire usage ? Combien d’intellectuels Africains post-coloniaux, ont souligné la nécessité d’inventer, d’imaginer notre système éducatif ? Presque tous ! Parce que sans cette base, ce que nous transmettons à nos enfants, c’est l’idée que nous n’avons pas de pensée rationnelle à leur offrir.    Qu’il vaut mieux pour eux, assimiler celle des Français, des Anglo-saxons et des Européens en général, pour s’en sortir dans la vie et pour évoluer dans ce monde.

Au fond, notre héritage culturel, celui que nous ne devons surtout pas abandonner, sous peine de nous dénaturer et de corrompre notre identité. Consiste en la conservation des apparences, des atours, du folklore et à un attachement démesuré, au vieil ordre médiéval de l’organisation de nos sociétés.            Seul l’Islam, offre et permet paradoxalement au « citoyen » Mauritanien, de se forger une véritable identité ouverte à l’universalité. En dehors de cette source sacrée, tout le reste est vecteur de complexes, de rejets, d’éloignement de l’autre, ou d’acculturation.

Pour saisir pleinement, la complexité des rapports intra-communautaire et inter-communautaire en Mauritanie, il suffit de s’en référer au mésusage que nous avons fait de nos langues (dialectes pour certains). Au lieu, d’en faire des outils de rapprochement et de bonne administration, et de les utiliser comme des atouts pour le commerce et la diplomatie régionales, nous en avons fait des objets idéologiques. Privant ainsi, les élèves et les étudiants de l’enseignement public, d’une cohérence linguistique sur le long terme, pouvant déboucher pour eux, sur des réelles perspectives de carrière, lors de leur entrée sur le marché du travail, que celui-ci soit local ou étranger.

Normalement, les rapports de force dans une société, doivent faire émerger des changements, bouger les lignes et permettre d’obtenir une meilleure marge de manœuvre. Rien de tout cela, n’est arrivé en Mauritanie. Les rapports de force ont toujours produit, soit le retour au statu quo ante, soit une répression plus vive et finalement, la montagne accoucha invariablement d’une petite souris. Pour être tout à fait honnête, après un début de crise d’adolescence mouvementé comme nous l’avons vu plus haut, le contexte international se rafraîchissant, nous n’avons pas échappé à la renaissance du pouvoir militaire. Très tôt, dès 1978, nous avons été récupéré par nos forces armées sur le dossier du Polisario, qui en remerciement de notre soutien, ne trouvera rien de mieux, que de nous maintenir dans une forme d’autarcie autoritaire, pendant plus de vingt ans.

Période, qui restera pour longtemps encore, en travers de notre gorge, et que je n’ai pas le temps de développer ici. Mais qui va connaître une brusque transformation, après la tentative de coup d’État de 2003, menée par « les cavaliers du changement », et dont faisait partie un certain Salah Ould Hanena. Même si je me trouve au regret, de devoir reconnaître que c’est la force qui a fait bouger la force.          Cet acte, quoique hautement déplorable et répréhensible, a poussé le premier cercle autour du pouvoir, à prendre une décision, qui contribuera à desserrer de plusieurs crans, l’étau qui étouffait les populations.

Un ami me faisait remarquer, il n’y a pas si longtemps, au sujet de notre maturité politique en la matière, que nous n’avions aucune part en tant que nation, au déroulement des événements qui ont vu le départ du colonel-président Ould Taya.   Je ne partage pas du tout cette opinion, pour la simple et bonne raison, que nos militaires sont issus des populations de ce pays. Qu’ils décident de se liguer, pour prendre le pouvoir aux civils, ou qu’ils choisissent de se sacrifier pour notre protection, ou même qu’ils se mutinent, ils n’en demeurent pas moins nos enfants. Dans un cas comme dans l’autre, notre destin national, n’était pas entre des mains étrangères.

Le concept de société civile, est d’introduction récente sous nos latitudes. On l’associe à un moyen de recevoir des aides, ou pire à une forme d’auto-promotion de sa propre générosité. Rien à voir, avec une organisation de la vie sociale, qui serait autosuffisante et autonome de l’État. Néanmoins, chaque concept une fois qu’il voyage un peu et qu’il se laisse apprivoiser, offre une déclinaison domestique, tout à fait digne de respect. Ainsi, nous avons pu voir éclore, des associations, des initiatives, des mouvements, des groupes de réflexions, qui ont réussi à marquer la société de leur empreinte et à impulser une dynamique, qui je l’espère continuera dans le bon sens.

À Suivre…

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