Ils s’approprièrent les 700.000 manuscrits de Tombouctou!

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Au 14ème siècle, la ville de Tombouctou, en Afrique de l’Ouest, était considérée comme la plus riche du monde. Cinquante fois plus grande que la ville de Paris, elle enregistrait une population de plus de 115.000 habitants. Hélas, aujourd’hui Tombouctou est deux fois moins peuplée, 2500 fois plus petite que Paris et ne ressemble en rien à une ville moderne. Dans une insanité indescriptible, mendiants et colporteurs y abondent. Que s’est-il donc passé? Où sont passés les monuments et les archives attestant de son glorieux passé?

L’explication est simple et des plus plausibles. Tout comme la plupart des grands empires africains, Tombouctou fut victime d’une destruction volontaire de la part de ceux qui s’approprièrent sa richesse matérielle et intellectuelle.  Comment expliquer que seuls les dessins d’époque et les descriptions de ceux qui voyagèrent et visitèrent la ville avant sa destruction nous en rendent témoignage? Et bien que dans certains endroits les ruines demeurent  visibles, à l’arrivée des Européens, leur horde de maladies exotiques (la variole et la grippe, armes d’extermination massive des autochtones) et la destruction des édifices par des luttes inutiles avaient pour seuls buts la négation de l’apport du Noir à la civilisation et l’appropriation du savoir de ce dernier. Ainsi, certaines ruines de ces grandes villes africaines restent cachées, et tout porte à croire que la plus grande partie de l’histoire de l’Afrique a été enterrée, au sens propre comme au sens figuré.

Flashback au 14ème siècle à Tombouctou  

A cette époque, les trois territoires les plus riches étaient la Chine, l’Iran-Iraq et l’Empire du Mali. Ce dernier était encore indépendant et prospère. Si la Chine et l’ensemble du Moyen-Orient avaient été conquis par les troupes mongoles de Gengis Khan , l’homme le plus riche dans l’histoire de l’humanité était sans équivoque le grand Mansa Musa, empereur du Mali. Son empire couvrait le Mali, le Sénégal, la Gambie et la Guinée. Au moment de sa mort en 1331, Mansa Musa valait à lui seul l’équivalent de 400 milliards d’euros et son empire produisait plus de la moitié de la production mondiale de sel et d’or. On raconte que le pèlerinage de Mansa Musa à La Mecque en 1324 fit carrément chuter le prix de l’or, tant il en offrit en excès à la ville sainte. C’est lui qui fonda la bibliothèque de Tombouctou, contenant les célèbres manuscrits écrits durant son règne et couvrant tous les domaines de connaissance.

Le savant et architecte italien Sergio Domian qui visita l’Empire du Mali  le décrivit en ces mots:

Ainsi furent jetées les bases d’une civilisation urbaine. A la hauteur de sa puissance, le Mali possédait au moins 400 villes, et l’intérieur du delta du Niger était très densément peuplé.

La National Geographic a récemment décrit Tombouctou comme le « Paris du monde médiéval », à cause de sa culture intellectuelle.  Et pour cause, elle comptait 25.000 étudiants, du moins d’après les études du professeur Henry Louis Gates.

Beaucoup de vieilles familles d’Afrique occidentale posséderaient des collections privées de Tombouctou, remontant à des centaines d’années. Ils font partie des 700.000 livres écrits en Mande, Suqi, Fulani, Timbuctu et Sudani qui auraient survécu au pillage et à la destruction des spoliateurs. Le contenu de ces manuscrits comprendraient des traités de mathématique, de médecine, de droit, d’astronomie et de la poésie. Cette collection pourrait être considérée comme la première encyclopédie, bien avant que les Européens créent la leur au 18ème siècle, à savoir,  quatre siècles plus tard.

La plus petite bibliothèque appartenait au Professeur Ahmed Baba de Tombouctou et contenait une collection de mille six cents livres! Michael Palin, dans sa série TV « Sahara », déclare que l’imam de Tombouctou « possède une collection de textes scientifiques datant de centaines d’années et révélant clairement les planètes qui encerclent le soleil. » C’est la preuve par excellence que les érudits de Tombouctou en savaient beaucoup plus sur le sujet que leurs homologues en Europe. D’ailleurs, au quinzième siècle à Tombouctou, les mathématiciens maîtrisaient la rotation des planètes, connaissaient les détails sur l’apparition de l’éclipse et bien d’autres phénomènes scientifiques que l’Europe n’apprit que 150 ou 200 ans plus tard grâce à Galilée et Copernic. Toutefois, n’est-il pas étrange que ces derniers présentèrent exactement les mêmes thèses?

D’autre part, l’architecture urbaine de l’empire malien n’avait rien à envier à celle de l’Europe. Ainsi, un exemple de son originalité peut être attribué à l’ancienne capitale malienne de Niani qui était un bâtiment surnommé « salle d’audience » et surmonté d’un dôme orné d’arabesques de couleurs frappantes. Les fenêtres de l’étage supérieur étaient plaquées avec du bois encadré d’argent et d’or. C’est dire qu’il s’agissait là d’un concept hors du commun.

Et alors que l’Europe était plongée dans l’âge sombre, ravagée par la peste et la famine, divisée pour des raisons religieuses et ethniques, des sources littéraires nous révèlent que les marins maliens arrivèrent en Amérique en 1311 avant J-C, soit 181 ans avant l’arrivée prétendue de Christophe Colomb: autour de 1342, le savant égyptien Ibn Fadl Al-Umari mentionna dans l’un de ses ouvrages deux grands voyages maritimes ordonnés par le prédécesseur de Mansa Musa, un roi qui hérita du trône malien en 1312. Al-Umari ne livre malheureusement pas son nom, mais certains auteurs modernes l’identifient comme Mansa Abubakari II.

Qu’a t-on fait du savoir de Tombouctou si ce n’est le piller pour se l’approprier? Que sont devenues les édifices témoignant du génie architectural de Tombouctou, si ce n’est qu’elles furent volontairement ensevelies pour que rien ne filtre de cette merveilleuse civilisation noire?

Toutefois, l’histoire laissera toujours les traces de ce passé enfoui et ce sont ces traces qui nous intéressent… histoire d’y croire.

Par Natou Pedro Sakombi

 

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