Le juge Tarfusser : « Si ça continue, on va finir ce procès en 2050 ! »

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weeklyinfos.net@gmail.com
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L’audience du 8 février a été marquée par deux constats du juge-président : la fuite des noms de témoins est très grave et le processus judicaire doit s’accélérer.

« Incompétence », « stupidité » ou « négligence ». Voilà les mots utilisés ce matin par le juge-président Cuno Tarfusser pour décrire les raisons potentielles de la fuite des noms de quatre témoins protégés.

« La Cour présente ses excuses aux témoins (concernés, ndlr) » souligne le juge d’un ton grave. Estimant que l’événement de vendredi dernier était « extrêmement grave » et « incroyable », il a confirmé l’ouverture d’une enquête interne.

Par un rappel à la loi, le juge insistera sur le fait que ce qui s’est passé constitue un « délit (…) un outrage à la Cour, une entrave à l’administration de la justice ». Les membres de la presse, les blogueurs et les internautes, même en Côte d’Ivoire, ont interdiction de « révéler ou propager l’identité de témoins » protégés, précise-t-il.

Suite à cette déclaration, le contre-interrogatoire de la défense de Laurent Gbagbo, toujours mené par Peter O’Shea, reprend.

Le témoin P-547, arrivé il y a 13 jours aux Pays-Bas et interrogé par la Cour depuis mercredi dernier, répond donc à nouveau aux questions des avocats de Gbagbo.

« Vous avez l’obligation de dire la vérité ! »

L’une d’entre elles cherche à voir s’il reconnaît bien Guillaume Soro dans un extrait vidéo d’un journal de la RTI où l’on voit l’ancien Premier ministre donné des ordres à des militaires. Il répond : « C’est Blé Goudé qui a envoyé cette vidéo (…) Je pense que c’est un montage (…) Je ne peux pas croire car je ne reconnais pas cette vidéo ».

O’Shea lui redemande s’il reconnaît Soro sur la vidéo. Mais l’homme répète qu’il ne peut pas répondre. Le juge s’impatiente et interpelle le témoin : « Vous avez obligation de dire la vérité ! La question est précise (…) reconnaissez-vous cette personne comme étant Guillaume Soro ? » Le témoin s’exécute alors : « C’est bien Guillaume Soro ».

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Longueur et impatience

Le témoin est alors interrogé sur plusieurs points précis et les réponses et les questions prennent du temps. O’Shea lui demande par exemple comment le trajet vers la RTI était organisé. « Les ordres sont venus de l’hôtel du Golf ? », demande l’avocat. « C’est une affaire de foule (…) on se suivait les uns les autres », lui rétorque le témoin dans une réponse peu concise.

Puis des questions de distances entre le témoin et les FDS lors de la marche ou bien des questions de nombre de personnes autour de lui sont évoquées. Mais le témoin dit qu’il ne sait pas, qu’il ne peut pas répondre. Face à ce jeu de questions/réponses qui ne va nulle part, le juge s’agace.

Il sermonne d’abord l’avocat O’Shea qui devrait « arrêter de répéter (sa question, nldr) car si le témoin dit qu’il ne sait pas c’est ainsi (…) à nous de juger s’il ment ». Avant de se tourner vers le témoin P-547 qu’il exhorte de répondre : « Donnez simplement une estimation ! » Le témoin répond alors et estime la distance entre lui et les FDS équivalente à celle entre lui et le juge.

Encore 34 ans de procès ?

En définitive, le juge, constatant l’heure bien avancée, souhaite arrêter le contre-interrogatoire. O’Shea lui demande 15 minutes de plus. Le juge lui demande de se dépêcher car il souhaite que la défense de Blé Goudé commence et finisse son interrogatoire le lendemain matin. « Si ça continue comme ça, on va finir ce procès en 2050 ! », s’exclame le juge sur le ton de l’humour malgré une inquiétude réelle.

Finalement, l’avocat de Gbagbo prendra moins de 5 minutes. « En 5 minutes, on a pu faire ce qui devait en prendre 15, tant mieux », soupire Tarfusser, soulagé. C’est comme s’il venait d’avoir la preuve que son combat contre la lenteur n’est finalement pas vain.

Les articles écrits à l’occasion du procès relatent les faits tels que décrits par l’accusation, la défense, la représentante des victims ou les témoins. Ils ne traduisent pas la pensée d’Ivoire Justice et doivent être compris comme des récits d’audiences.

Ivoire Justice est une plateforme créée par le programme « Justice internationale » de l’ONG RNW Media, basée aux Pays-Bas. Nous nous efforçons d’expliquer et donner des informations sur les affaires ivoiriennes à la CPI mais nous n’en sommes en aucun cas rattachés.

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[Photo : Le juge Cuno Tarfusser à la CPI le 18 mai 2009. Crédit : Phil Nijhuis/ANP]

Par Antoine Panaïté

Source : ivoirejustice.net

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